Dans mon article : « Moniale, une vie intense faite d’amour et de partage » je présente la communauté monastique des Petites-Sœurs de la Consolation du Sacré-Cœur et de la Sainte Face, une congrégation fondée en 1989 sous la spiritualité du père Charles de Foucauld. Le charisme des Petites-Sœurs de la Consolation m’interpelle plus particulièrement par la figure du père de Foucauld et ce qu’elle représente pour moi. Une figure que je vais retrouver sous une forme ou une autre, étrangement, tout au long de ma vie, au hasard de mes nombreux voyages et coups durs d’une vie sans cesse remise en question.
C’est grâce à lui, en quelque sorte, cet artiste jouisseur des bonnes choses, mauvais élève de Saint-Cyr et de l’école de cavalerie de Saumur, indolent autant que noceur et bon camarade, lieutenant au 4ème hussard puis au 4ème chasseur d’Afrique en Algérie, avant d’entreprendre l’exploration scientifique du Maroc puis, suite à sa conversion, de devenir moine Trappiste à la Trappe Notre-Dame-des-Neiges en Ardèche et, bien plus tard, finalement prêtre et ermite… Grâce à lui, dis-je, ce Vicomte devenu "ermite des sables", que ma foi s’est révélée et se maintient au fil des années malgré de récurrentes périodes de doute.
Une révélation toute simple, survenue après une nuit glacée de mauvais sommeil dans le minuscule ermitage du père de Foucauld, au-dessus du Sahara algérien à 2780 mètres, sur le plateau de l’Assekrem. Un lieu où le soleil se couche et se lève sur d’extraordinaires aiguilles rocheuses noires et roses, qui transpercent le massif du Hoggar, dans un flamboiement de couleurs unique au monde. Un spectacle d’une telle beauté qu’on en pleure tant on pressent l’œuvre de Dieu dans cette vision. C’était en janvier 1977, lors de ma première traversée du Sahara en voiture, pour une expédition qui me conduira de France au Gabon. Mais c’est une autre histoire.
Le père de Foucauld disait : "Il faut passer par le désert et y séjourner pour recevoir la grâce de Dieu [...]" ce fut mon cas, entre Tamanrasset et Agadez au Niger à travers une mer de sable sans route, sans rien d'autre que le silence et le vent de sable, des animaux sauvages et des Touaregs hospitaliers, une autre époque, un autre monde quand je vois l'actualité.
Vicomte, militaire, géographe explorateur auteur de « Reconnaissance au Maroc », moine, prêtre, ermite, linguiste rédacteur d’un dictionnaire de la langue et de la culture Touareg qui fait encore autorité de nos jours et d’un recueil de poésies Touareg, ce fondateur d’une fraternité du Sacré-Cœur de Jésus et d’un nouveau courant spirituel, né à Strasbourg le 15 septembre 1858, est trahi puis assassiné le 1er décembre 1916 à Tamanrasset sous les murs même de son bordj dans le sud algérien.
Le Vicomte Charles Eugène de Foucauld de Pontbriand, devenu le père de Foucauld, est béatifié par Benoit XVI le 13 novembre 2005.
Une polémique, née au temps du front populaire, en 1936, sur la supposée position colonialiste et la tout aussi prétendue activité de renseignement au profit des militaires de Charles de Foucauld, perdure aujourd’hui encore. On a beaucoup écrit, et on continue d’écrire, sur le sujet avec des idées souvent plus partisanes qu’objectives. Comme pour tous les personnages complexes et mystiques, l’interprétation de la vie et des écrits de Charles de Foucauld invite à une analyse sereine autant que minutieuse avant d’en tirer la moindre conclusion. En attendant une véritable étude scientifique de la question, sa spiritualité, à elle seule, comme son action auprès des Touaregs me semblent plaider pour lui.
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